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Procès des policiers de la BAC du XVIII[SUP]e[/SUP] : « Ce que vous dites, c’est quasiment une réplique de ripoux ! »

Procès des policiers de la BAC du XVIII[SUP]e[/SUP] : « Ce que vous dites, c’est quasiment une réplique de ripoux ! »

Le 6 juin 2018, le groupe de Karim M.… est en planque dans un coin de leur XVIIIe arrondissement. C’est Ahmad M…, l’indic pakistanais de Karim M…, qui les a rencardés sur une grosse transaction. Le plan, « dans la continuité d’un plan prévu avec les douanes, mais avorté », est exceptionnel : un kilo de cocaïne, « l’affaire du siècle » pour une BAC, une aubaine pour Karim M…. « Je présente les faits au major Michel J…, qui me confirme que l’opération prévue par les douanes ne s’est pas concrétisée. »

Karim M… et son groupe, réduit à Aaron B…, son bras droit, et Alexandre C…, filochent la voiture de Rayan B… et Olivier D…. « J’ai décidé de suivre la voiture pédestrement, en m’approchant de la voiture j’ai vu le conditionnement sur le plancher côté conducteur », raconte Karim M…. Top interpellation, les trois hommes fondent sur le véhicule, Aaron B… et Karim M… s’occupent d’Olivier D…, Alexandre C… du conducteur. Cela fait tiquer la présidente : « Un kilo de cocaïne, on est prêt à tuer pour ça, non ? Vous étiez seul à interpeller le conducteur alors que vos deux collègues, tous deux bien plus expérimentés, s’occupent du passager. Et si ça s’était mal passé ?

— J’aurais appelé des renforts.

— Et s’il avait sorti une arme et tiré ? Je suis très très étonnée, on ne sait pas si ces gens sont armés.

— J’ai été très prudent.

— Mais à quoi sert votre prudence ? Ce n’est pas la prudence qui est en question, c’est la sécurisation du véhicule. Vous comprenez ?

— Oui, mais je ne vois pas où vous voulez en venir.

— Ah, vous ne voyez pas, vraiment ?

Elle se tourne vers Karim M…, qui s’empresse de lui expliquer combien Alexandre C…, qu’il avait déjà vu à l’œuvre, était spectaculaire, « sans vouloir le flatter », dans ses interpellations. Isabelle Prévost-Desprez pense protocole. « Si ça s’est passé comme ça, ce n’est pas du tout professionnel, c’est un très mauvais dispositif. » Karim M…, surpris par le tour que prend l’interrogatoire, en convient.

Les deux interpellés sont ramenés par une patrouille appelée en renfort, tandis qu’Aaron B… et Karim M… ramènent leur voiture, que personne ne va fouiller. « Y’a pas un OPJ qui se déplace, un kilo, ce n’est pas assez ? Dans le XVIIIe, les OPJ ne se déplacent pas », répond Karim M…, ce que confirme Alexandre C….

Mais quelque chose ne colle pas. « Dès l’interpellation, on ne les sent pas du tout inquiets ». Au commissariat, Olivier D… et Rayan B… sont menottés au banc, à l’accueil. Karim M… file alors chercher le paquet de cocaïne. « On va quand même vérifier avant de passer pour des cons. » D’un coup de clef, il crève le paquet. De la pâte de datte.

La présidente est hors d’elle. Pour faire une chose pareille, « ou on sait déjà que c’est pas de la cocaïne, ou on est vraiment nuls en procédure », lance-t-elle à Karim M…. « Travailler comme ça, c’est très violent, ça se fait souvent ? Première fois ? Franchement, on fait tout pour rater l’affaire. Alexandre C… proteste :

— Nous, on était juste content d’avoir fait une belle affaire !

— Une belle affaire comme ça, c’est même pas la peine, là je vois déjà trois motifs d’annulation. Si c’était un kilo de cocaïne, c’était annulation, tout le monde dehors. Et après, on dit que les juges mettent tout le monde dehors. C’est énervant !

Le saccage de la procédure n’est pas la cause du renvoi de Karim M… devant ce tribunal. Olivier D… a été extrait (il est détenu dans une autre affaire) et, dans un box vitré faisant face à celui de Karim M… et Ahmad M…, il raconte :

— Déjà, je ne comprends pas mon interpellation. Puis je me retrouve menotté, on ne me parle pas. Je vois le sac avec la pâte de dattes, ils vont quelque part et reviennent pour me libérer. Je rentre dans ma voiture, et je la vois toute retournée. Il manquait les deux kilos de pâte de datte (reçue d’Algérie emballée dans du papier), un paquet de dattes et, dans ma sacoche il n’y avait plus que 50 €, il manquait 1 200 €, parce que je garde toujours mes économies sur moi, je retire tout mon argent. Je sors et je les vois partir, je bloque leur véhicule et leur dis de me rendre l’argent qu’ils m’ont volé, mais ils l’envoient paître : « C’est dans le XIIe, l’IGPN, vas-y ! »

— Ce que vous avez fait.

— Bien sûr !

À Karim M…, une juge assesseuse demande :

— Comment vous expliquez ces déclarations ?

— Je ne me les explique pas. Il ajoute : Nous avons garé le véhicule dans la cour du commissariat et puis c’est tout. Pour moi, M. D… a inventé cette histoire. Je n’ai jamais vu les 1 200 €. »

C’est précisément pour ce vol que les deux policiers sont renvoyés. M. D… a justifié la provenance de cette somme par divers retraits établis par un relevé de compte, mais il n’est pas possible de savoir s’il les avait réellement sur lui, et rien, sinon l’attitude de Karim M… et le fait qu’il soit soupçonné d’avoir blanchi de fortes sommes d’argent en liquide, ne l’implique dans ce vol.

« Les enjeux sont considérables »

Mardi 9 février, le tribunal appelle Julian T… à la barre ; il admet avoir consulté sans autorisation un fichier de police, à des fins personnelles. C’était la fiche d’un commerçant du quartier, dont il voulait connaître le pedigree judiciaire, car le bonhomme se rapprochait de leur groupe. Puis la présidente lit des écoutes, plusieurs des policiers prévenus s’insurgent qu’un commerçant leur ait fait payé le dîner (50 €, ils n’y seraient jamais allés s’ils avaient su, disent-ils), mettant en regard le fait qu’ils avaient quelques jours plus tôt interpellé un voleur dans son commerce. Elle soupçonne des magouilles. Les policiers Alexandre C… et Julian T… sont gênés aux entournures et répondent à côté. « Vous avez face à vous un tribunal, il ne faudrait pas jouer, Messieurs, trop longtemps. Je ne voudrais pas que vous soyez trompés par la politesse et la correction, qui est de mise dans ce tribunal. Les enjeux sont considérables. »

Les prévenus se rétractent. Ils ne parviennent pas à répondre aux questions qu’Isabelle Prévost-Desprez leur répète. « Vous savez pas ? Eh bah on va noter en note d’audience que vous ne répondez pas à la question. » À Mehmet C…, debout à la barre lui aussi, elle lance : « Sur les écoutes, ce que je comprends c’est que, comme vous n’êtes pas récompensé, la prochaine fois vous laisserez le voleur prendre la caisse. Vous êtes en colère car n’êtes pas traités différemment parce que vous faites votre travail. Ce que vous dites, c’est quasiment une réplique de ripoux ! »

Le tribunal s’attelle ensuite au cas de Karim M…, renvoyé pour de nombreuses infractions de blanchiment. Karim M… n’a pas fait un seul retrait bancaire en quatre ans, indiquant percevoir une rente annuelle de 10 000 € de la part de ses parents. « Ça me suffit pour mes dépenses de tous les jours », confirme-t-il. Il indique jouer aux courses lorsqu’il traîne dans le café de ses parents. Ses gains ont été établis à 4 600 € entre 2016 et 2018.

Mais Karim M… a aussi passé beaucoup de temps à transformer des espèces en chèques ou virement. Par exemple, son père lui a prêté 18 000 € (pour acheter un appartement), tiré du rachat de tickets gagnants, payés par le PMU de M. K…, qui n’est autre que le restaurateur qui a fait jaser les policiers sur écoute (et un ami de Karim M…). Il a également échangé 2 450 € en espèces contre un chèque de son cousin, reçu 23 000 € d’un ami, David E…, lequel indiquait être remboursé en espèces.

« Monsieur, que vous êtes dans la confusion la plus totale »

Outre le fait que le rachat de tickets gagnants est illégal, qu’il est une technique pour blanchir l’argent, le fait que son père lui prête de l’argent provenant de son commerce (ce qui est attesté) constitue un abus de bien sociaux – et lui le receleur. Il n’est pas renvoyé pour cela, mais la présidente semble effarée par l’attitude de Karim M…, qui commence toutes ses explications par : « C’est très simple, je vais vous expliquer. Dans la communauté kabyle, tout le monde se rend service comme ça ! » Mais « rendre service » consiste, aux yeux de la présidente, à faire le banquier et l’intermédiaire entre diverses personnes, dans des échanges chèques contre espèces, avec de l’argent qui provient d’Algérie. « Moi je pense, Monsieur, que vous êtes dans la confusion la plus totale. Monsieur, vous êtes policier. » Au sujet d’une enveloppe de 15 000 €, qu’il a récupérée auprès d’un ami d’enfance (« on vient du même village en Algérie ») :

— Vous ne vous êtes pas posé la question de la provenance de cet argent ?

— Si c’était à refaire, vu le tour que ça a pris, je le referais jamais. C’est incompatible avec la fonction de policier.

— Mais comment avez-vous pu penser que ça ne pouvait pas poser de problème ?

— Le blanchiment, on ne m’en a pas parlé auparavant. Je n’avais pas conscience de tout cela.

Ce mercredi, le tribunal abordera les faits de corruption passive auprès de trafiquants de stupéfiants du XVIIIe arrondissement.

 

 

Sur le procès des policiers de la BAC du XVIIIe, Dalloz actualité a également publié :

• Au procès des policiers de la BAC du XVIIIe, indics véreux et blanchiment, par Julien Mucchielli le 5 février 2021

Auteur d'origine: Bley
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