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Harcèlement de Zineb El Rhazoui : « On ne va pas faire semblant d’éluder le contexte politique ! »

Harcèlement de Zineb El Rhazoui : « On ne va pas faire semblant d’éluder le contexte politique ! »

Après avoir jugé trois trentenaires goguenards qui juraient, la main sur le cœur, regretter d’avoir soustrait cette carte bleue à son propriétaire ; relaxé un quinquagénaire toxicomane, à la vie cabossée, la mémoire ravagée, au phrasé lent mais impeccable, venu acheter du Skenan à la gare du Nord ; et condamné un homme violent qui avait giflé sa compagne après une énième beuverie, la 10e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris, dont l’ordinaire se résume bien souvent à l’examen de dossiers sans spécificité apparente, des dossiers dits « généraux », appelle vers 18 heures un homme qui patientait depuis des heures en compagnie de ses trois avocats. Cet homme, dont le visage et la barbe de pieu musulman sont apparus dans les médias de masse après l’assassinat de Samuel Paty, est le fondateur et dirigeant de l’ONG BarakaCity, dissoute en grande pompe après l’attentat contre le professeur. Il comparaît pour avoir harcelé la journaliste Zineb El Rhazoui, absente à l’audience, représentée.

Idriss Sihamedi, Driss Yemmou de son vrai nom, 36 ans, a envoyé plus de quatre-vingts tweets entre le 23 septembre et le 11 octobre, qui lui valent sa comparution. Alors suivi par 20 000 personnes, plus du double aujourd’hui, Idriss Sihamedi a rendu publics des éléments de la vie privée de la journaliste, connue pour son engagement contre l’islamisme, la virulence de son discours contre l’islam politique qu’elle combat et dont elle estime qu’Idriss Sihamedi est l’une des figures. Par exemple, elle dénonçait le 27 août dernier des propos tenus par Idriss Sihamedi relevant selon elle de « l’apologie du terrorisme », après qu’il eut déclaré : « mourir en martyr est la plus belle chose ». À l’occasion de la republication des caricatures de Mahomet, il a tweeté : « Qu’Allah maudisse Charlie et enflamme leurs tombes à la chaleur du soleil », lorsque le procès débutait devant la cour d’assises de Paris, début septembre.

C’est donc en opposant idéologique, dans un contexte terroriste, politique et judiciaire très tendu, car le procès des attentats de janvier 2015 était en cours, qu’Idriss Sihamedi a divulgué le nom, la photo, le salaire et l’employeur du mari de la journaliste. Il a aussi révélé qu’elle possédait un luxueux riad touristique au Maroc et qu’elle réside aux Émirats arabes unis. Enfin, dans un tweet, il a écrit la première lettre du prénom de sa fille de 4 ans. Tous ces tweets, cette « charge » contre Zineb El Rhazoui, étaient accompagnées d’un hashtag #balancezinebelrhazoui #zinebgate, qui ont aidé à la diffusion de sa parole et ont contribué à la viralité des tweets, jusqu’à ce qu’un « twitto » anonyme décide de diffuser l’adresse parisienne de Zineb El Rhazoui, qui, constamment menacée, vit depuis 2015 sous protection policière.

Les membres du tribunal instruisent les affaires à tour de rôle et c’est une assesseure qui interroge Idriss Sihamedi. « Quel est votre objectif lorsque vous adressez ces tweets à Madame ?

— Engager un combat contradictoire. Je lui ai posé un certain nombre de questions dans un temps relativement très réduit.

— Très précisément, ce que l’on vous reproche, c’est la répétition de tweets qui ne lui sont pas favorables, et le fait qu’il y ait des éléments relatifs à sa vie privée. Pourquoi écrire autant de tweets ?

— J’essaie d’engager un débat avec elle, je suis dans un débat avec son avocat qui me répond, et je suis limité à 240 caractères par tweet.

— Sur la journée du 24 septembre, il y a trente et un messages, est-ce qu’il y a une utilité ?

— J’estime que les questions étaient très pertinentes. Pourquoi les poser plusieurs fois ? Parce que je n’ai pas de réponse.

— Et pourquoi utiliser des hashtags ?

— Pour rassembler les informations, interpeller l’opinion publique sur un sujet. »

Idriss Sihamedi prétexte un travail informatif, un travail de journaliste. La juge demande : « Pourquoi ne pas écrire un article de fond ?

— Car je ne suis pas invité dans les médias. »

La juge égrène une suite de vocables péjoratifs dont le prévenu a usé pour qualifier Zineb El Rhazoui. « Imposture foudroyante », « duplicité », « cupidité ». Zineb est « la plus grande arnaque » et elle est « fourbe ». Idriss Sihamedi s’en explique : « Il s’agit de dénoncer des contradictions entre ce que ces personnes disent sur des plateaux télé et la réalité. » Ainsi, dénoncer le fait qu’une cagnotte soit organisée pour payer ses frais de justice alors que madame El Rhazoui fait de gros bénéfices avec son riad et s’affiche bien souvent parée de vêtements et d’accessoires de luxe. « Mais quel est l’intérêt de dévoiler le nom de la rue du riad marocain ?

— J’ai des informations que personne n’a, je dois les partager.

— Pourquoi utiliser des propos dégradants à son encontre, quel est votre état d’esprit ?

— Mettre quelqu’un face à sa duplicité, car elle est dans un combat idéologique. Mon intention n’est pas de dévoiler sa vie privée. » Le prévenu prétend répondre à des pressions que le mari de la partie civile aurait exercées, selon lui, sur ses sources. « Donc, à votre tour, vous exercez des pressions », déduit la juge. « Du coup, vous répliquez, comme vous dites, vous n’êtes pas dans l’information.

— Twitter, c’est le clash et, malgré cela, je ne normalise pas cette attitude, je dis bonjour et s’il vous plaît. »

Après ces tweets, les deux protagonistes s’expliquent par mail. « Votre échange de mails est tellement plus apaisé que les messages sur Twitter. C’est à questionner l’usage fait de ces réseaux  », glisse la juge entre deux questions. Puis, elle prend un autre exemple de tweet : « “Est-ce que Zineb El Rhazoui peut nier que sa servante d’origine éthiopienne, à Dubaï, est bien traitée ?”, tweetez-vous. On est dans l’allégation. » M. Sihamedi débute plusieurs tweets par « je ne vais pas dévoiler que […] », avant de le dévoiler.

« Pour moi, ça entre dans le débat. Cette personne est une féministe acharnée et on connaît les conditions de travail de certaines immigrées dans ce pays. Il faut être cohérent.

— Vous aviez des éléments sur la situation des employées de maison, ou c’est de la pure allégation ?

— Les informations que j’ai font état de maltraitances à l’égard de cette personne », dit-il simplement. La juge le relance : « Pensez-vous que tous vos tweets correspondent au travail que l’on peut attendre d’un journaliste ?

— Moi, je lance une alerte. » Il donne l’exemple des enquêtes de Mediapart, des éléments de la vie privée des personnes publiques, divulguées dans des articles, comme la photo de Jean-François Copé dans la piscine de Ziad Takieddine. « Vous pensez que vos tweets, c’est du journalisme ?

— Je pense que chacun a sa déontologie », répond le prévenu. Il ajoute : « Elle m’a traité d’islamiste, elle m’a jeté en pâture ! »

Maître Thibaut de Montbrial représente Zineb El Rhazoui. « Ce procès illustre ce que les réseaux sociaux peuvent avoir d’effets délétères. Zineb El Rhazoui est ciblée par les islamistes », dit-il, en précisant qu’il a déposé vingt et une plaintes pour des menaces de mort. Il désigne le prévenu comme l’un des principaux « influenceurs de l’islamisme en France », puis cite longuement le décret qui dissout l’ONG BarakaCity. « Vous faites croire qu’il y a un débat, c’est très habile mais c’est faux. » L’avocat explique le procédé : « taguer » Zineb El Rhazoui en la mentionnant, en langage militaire, c’est « la désignation militaire d’un objectif », car parmi ses abonnés, il y en a peut-être un qui va se dire : « Je vais aller me la faire. » « Ce sont des effets extrêmement maîtrisés, et il est temps que la justice de la République française pose des limites. »

La procureure décrit une « stratégie de provocation numérique opportuniste », qualifiant la victime de « cible médiatique », dans un contexte d’actualité judiciaire qui amplifie la portée du questionnement incessant du prévenu. « Ces messages ne correspondent à aucun dialogue, aucun débat », relève-t-elle et, estimant le délit de harcèlement (C. pén., art. 222-33-2-2) caractérisé, elle requiert dix mois de prison assortis d’un sursis probatoire de trois ans, pendant lesquels Idriss Sihamedi ne devra pas entrer en contact avec la victime, devra réparer le dommage causé, exercer une activité professionnelle, résider en un lieu déterminé, ne pas porter ou même détenir une arme, obligations qui, si elles étaient transgressées, pourraient entraîner la révocation du sursis.

Me Ouadie Elhammamouchi a débuté sa plaidoirie en parodiant Richelieu : « Donnez-moi un tweet de la main d’Idriss Sihamedi, et je vous donnerai de quoi le pendre, signé Darmanin », dit-il. « On ne va pas faire semblant d’éluder le contexte politique ! » L’avocat déroule : « Il a été perquisitionné à 6 heures du matin, quinze personnes du RAID pour accoucher de cette procédure. Est-ce que c’est fréquent ? » Le dossier est vide : « Il n’y a rien dans ce dossier, la vérité c’est qu’on use de grands mots, mais qu’est-ce qu’il a fait, si ce n’est délivrer un certain nombre d’informations et demander un débat contradictoire ? Il la met en face de ses contradictions ! » La servante éthiopienne ? C’est une information. Vivre dans un pays islamiste ? C’est une information. Solliciter une aide financière ? « C’est un débat d’intérêt général. On ne peut pas venir quémander des fonds tout en faisant deux millions de chiffre d’affaires annuel. » Voilà pour le fond : « Sur la forme, les tweets ne sont pas vulgaires, pas menaçants », plaide-t-il, demandant la relaxe.

La décision sera rendue le 15 janvier.

Auteur d'origine: Bley
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